Les vacances portent en elles une promesse double, et parfois contradictoire : celle du repos pour les parents, épuisés par une année rythmée par le travail et les obligations, et celle d'une présence pleine auprès des enfants, qui attendent justement ce moment pour retrouver leurs parents disponibles. Concilier les deux n'est pas un renoncement à l'un ou à l'autre, mais un équilibre à construire, jour après jour.
Le rythme de l'enfant n'est pas un détail
Pendant l'année scolaire, l'enfant vit selon des repères stables : heures de lever, de repas, de coucher. Les vacances bousculent naturellement ce cadre, et c'est en partie ce qui en fait la saveur. Mais les psychologues du développement rappellent que ces repères jouent un rôle de sécurité pour les plus jeunes : revenir à des horaires plus réguliers pour les repas et le coucher aide l'enfant à retrouver ses points d'ancrage, surtout dans les premiers jours d'un nouveau lieu ou d'une nouvelle organisation familiale.
Le sommeil reste le point le plus sensible.
Des travaux de chronobiologie pédiatrique, relayés notamment par des synthèses de Santé publique France, soulignent que la régularité des horaires de sommeil demeure un facteur important de stabilité du rythme veille-sommeil chez l'enfant, même lorsque les horaires sont globalement plus souples qu'à l'école. Il ne s'agit pas de calquer les vacances sur le calendrier scolaire, mais d'éviter un décalage trop important, qui rendrait la transition difficile au moment du retour.
Le pédiatre Hubert Montagner, dans ses travaux sur les rythmes de l'enfant, insistait déjà sur l'importance de respecter et de protéger le sommeil spontané de l'enfant, notamment la sieste lorsqu'elle se présente naturellement, en raison du rôle physiologique du sommeil profond dans les processus de croissance et de récupération.
Garder un minimum de structure ... un repère pour les repas, un rituel du soir, n'est donc pas contraire à l'esprit des vacances : c'est ce qui permet à l'enfant de vivre la liberté du temps libre sans s'y perdre.
Et les cahiers de vacances ?
C'est une question qui revient chaque été, et la réponse est plus nuancée qu'il n'y paraît. Une étude de l'Institut de recherche sur l'économie de l'éducation (Iredu), menée en 2001, n'a pas montré d'avantage pour les enfants n'ayant que partiellement rempli leur cahier.
Une enquête du ministère de l'Éducation nationale, en 2005, a quant à elle révélé un paradoxe : ce sont souvent les bons élèves, qui en ont objectivement le moins besoin, qui sont les plus demandeurs de ce type d'exercice ... par habitude scolaire ou par anxiété de la rentrée plus que par réel besoin pédagogique.
Plus récemment, une étude de la DEPP (la direction des études statistiques du ministère, 2020) a montré que les cahiers de vacances n'ont pas d'impact significatif sur les résultats scolaires comparé à la lecture libre.
Ce que ces travaux suggèrent, c'est que le cahier de vacances n'est ni une nécessité absolue ni un outil magique. Il peut avoir un intérêt ciblé pour un enfant en difficulté sur un point précis, à condition d'être bref, choisi avec lui plutôt qu'imposé, et de ne jamais conditionner les autres activités de la journée. Lire une histoire ensemble, cuisiner, jouer à des jeux de société, tenir un carnet de vacances ou écrire une carte postale rendent souvent les mêmes services : retrouver des notions de calcul, de logique, de vocabulaire, sans reproduire le cadre scolaire que les enfants, justement, ont besoin de quitter.
L'ennui n'est pas un problème à résoudre
Le réflexe de beaucoup de parents est de remplir les journées, par souci de bien faire ou par crainte de l'oisiveté. Or l'ennui occupe, en réalité, une fonction précieuse dans le développement de l'enfant.
Le pédiatre et psychanalyste Donald Winnicott décrivait déjà, dans les années 1970, ce moment où l'enfant apprend à « être seul en présence de quelqu'un » comme le terreau du jeu créatif et de la construction de soi. Des chercheuses en psychologie, Sandy Mann et Rebekah Cadman, ont montré dans leurs travaux que l'ennui favorise la pensée divergente : cette capacité à explorer des idées nouvelles ou inattendues, qui est au cœur de la créativité enfantine.
Le jeu libre, sans règle ni objectif fixé par l'adulte, est l'autre versant de ce constat. Une synthèse de l'Université de Genève sur les effets du jeu rappelle que, depuis les travaux de Groos, Piaget et Vygotsky, le jeu est considéré comme constitutif de l'enfance : il permet à l'enfant de donner du sens au monde qui l'entoure et de développer, à moindre coût, de nouvelles stratégies et de nouveaux comportements. Une boîte en carton devient une cabane, un bâton une épée : ce sont précisément ces moments simples, nés du temps libre et non du programme d'activités, qui restent dans la mémoire des enfants bien plus durablement qu'une sortie organisée au pas de course.
Trouver sa place de parent, sans culpabilité
Reste la question centrale : comment se reposer vraiment, sans pour autant déserter l'attention que les enfants attendent ?
La psychologue Lucia Iniguez de Onzono, interrogée sur ce sujet, situe l'enjeu des vacances dans la reconnexion familiale : le temps en famille, mis à l'épreuve par les emplois du temps serrés de l'année scolaire, retrouve enfin de l'espace. Elle invite les parents à décompresser et à ne pas chercher à remplir chaque journée et rappelle un point souvent oublié : si l'on souhaite que les enfants lâchent un peu les écrans, c'est aux parents de montrer l'exemple en premier.
Cela ne signifie pas que les parents doivent renoncer à leurs propres moments de repos. Un parent reposé, qui a pu lire, se promener seul ou simplement ne rien faire, est en meilleure disposition pour être présent et patient ensuite. L'enjeu n'est pas de sacrifier l'un pour l'autre, mais d'alterner consciemment : des plages de temps où l'enfant joue seul ou avec ses frères et sœurs, et d'autres, plus courtes mais pleinement données, où l'on est avec lui : sans téléphone, sans liste de tâches en tête. Ce sont souvent ces instants ordinaires, un jeu de cartes improvisé, une baignade, une histoire racontée avant de dormir, qui constituent, pour l'enfant, le souvenir des vacances.
En somme
Les vacances réussies ne sont ni celles où l'on a tout planifié, ni celles où l'on a tout laissé filer. Elles tiennent dans un équilibre fragile entre le respect du rythme de l'enfant, la place laissée à l'ennui et au jeu libre, et des moments de présence sincère, même brefs, loin de l'agenda scolaire et de ses prolongements estivaux. Le repos des parents et l'attention portée aux enfants ne sont pas deux objectifs concurrents : ils se nourrissent l'un l'autre, à condition de ne pas chercher à tout maîtriser.

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